Interview de Jon Hare (co-fondateur de Sensible Software)

jon harePortrait

OrdiRétro : Bonjour, pouvez vous vous présenter ?

Jon Hare : Je m’appelle Jon Hare et je dirige Tower Studios et ça fait presque 30 ans maintenant que je développe et réalise des jeux vidéo. Je suis surtout connu pour avoir été l’un des co-fondateurs de Sensible Software.

OR : Si vous pouviez être un personnage de jeu vidéo, qui choisiriez-vous ?

Jon Hare : Bowser (ou Lionel Messi).

OR : Si vous pouviez partir en vacances dans un jeu vidéo, quelle destination choisiriez-vous ?

Jon Hare : Skyrim.

Humour et créativité

OR : Les jeux de Sensible Software avaient un sens de l’humour très particulier. Pensez-vous que ce soit une caractéristique spécifique aux jeux britanniques, liée à l’humour britannique?

Jon Hare : Je pense en effet que l’humour anglais se retrouve dans beaucoup de media produits au Royaume-Uni; nos chansons, nos livres, nos films et nos jeux sont depuis longtemps plein d’ironie et d’esprit. Dans notre pays, l’humour met tout le monde à égalité, nous aimons tous jouer avec les mots et rire du ridicule omniprésent.

OR : J’ai l’impression que les jeux plus récents ne sont pas très drôles, partagez-vous ce sentiment? Comment l’expliquez-vous?

Jon Hare : Je ne peux pas l’expliquer sans être un brin xénophobe. Selon moi la plupart des media européens se sont trop américanisés dans les dernières décennies, et ils se sont pliés à des goûts moins raffinés et plus puérils additionnés d’une morale stricte visant à ne blesser personne de peur d’être poursuivi en justice ou frappé par la foudre divine – s’y ajoutent un manque d’estime pour des choses trop artistiques ou trop différentes ainsi qu’un amour de la violence.

Malheureusement l’humour britannique s’est fortement aseptisé ces 30 dernières années, il était beaucoup plus drôle et moins censuré dans les années 60 et 70, quand on n’était pas obligé de se demander à chaque phrase si on allait blesser les sentiments de quelqu’un. Ceci est en parti du au fait que la plupart des Britanniques se rendent compte quand c’est une blague alors que la plupart des autres nationalités comprennent ce qui est dit ou fait dans un sens plus littéral. Je suis sûr que d’autres pays qui ont un humour également amoral ont connu un destin similaire à l’époque récente… en ces jours de libre échange mondialisé nourris aux Teletubbies nous sommes le plus souvent contraints à réaliser des niaiseries simples et mièvres pour apaiser les masses simples et mièvres.

OR : De manière plus générale, que pensez-vous de la créativité des réalisateurs de jeux vidéo britanniques aujourd’hui?

Jon Hare : Quelques jeunes studios sont apparus qui ont évité la période du règne des consoles et des téléphones portables, période de manque de créativité total allant de 1995 à 2009. La raison pour laquelle je dis que ces années étaient relativement indigentes au niveau de la création est qu’il était impossible de vendre un jeu original pendant cette période, ce qui signifie que les nouveaux studios se sont développés en faisant des conversions, des clones et des suites et que c’était le seul moyen de gagner sa vie. Aujourd’hui, il y a de la place pour des jeux nouveaux sur l’Appstore et sur d’autres canaux de téléchargement, bien qu’il soit impossible de s’assurer une avance pendant le développement de tels titres. Ces nouveaux formats ouverts ont permis à des équipes plus jeunes d’être à nouveau créatives et les meilleures sont en train de se forger un nom par eux-mêmes… je pense à des gens comme ceux de New Star Games et Johnny Two Shoes.

Culture et retrogaming

OR : Que pensez-vous de la vague actuelle de retrogaming ? Pensez-vous que ce soit une mode passagère ou que cela durera ?

Jon Hare : C’est certainement une mode passagère et l’argent qui peut en découler est limité… Je pense que c’est une sorte de réaction face à une liste de plus en plus fade et prévisible de jeux AAA et à un océan de titres nouveaux et inconnus sur l’Appstore… les gens sont soucieux de se raccrocher à quelque chose qu’ils aiment et à laquelle ils peuvent s’identifier.

SWOSOR : Comment voyez vous les tentatives diverses visant à faire reconnaître le jeu vidéo comme un media culturel à travers des livres et des expositions?

Jon Hare : Sensible Software a été à la pointe de ce mouvement. Nous avons eu plusieurs expositions de nos jeux dans des musées et Sensible World of Soccer a été consacré comme l’un des 10 jeux les plus influents de tous les temps par l’université de Stanford en Californie [et le seul jeu européen de la liste – NdR]. Et l’an dernier a vu la publication du livre Sensible Software 1986-1999 qui, en suivant chapitre après chapitre la sortie de nos jeux, retrace l’ascension et la chute de notre compagnie au travers d’interviews avec l’équipe et beaucoup d’autres personnes travaillant dans le milieu du jeu vidéo. Il contient également une section de plus de 100 pages dédiée aux graphismes des jeux, ce qui est très flatteur pour moi. Le livre sur Sensible Software est actuellement le premier et le seul livre inclus dans la bibliothèque et les archives du BAFTA (British Academy of Film and Television Arts, l’équivalent du CNC en France – NdR) – tous les autres livres concernent l’industrie cinématographique. J’en suis très fier et cela montre que nous sommes progressivement reconnus comme une forme d’art potentiel par le grand public. Cependant trop de jeux sans intérêt sont développés dans un but uniquement lucratif, sans amour, et je pense que c’est un handicap fort pour que notre activité soit reconnue sérieusement comme une forme d’art… mais tant que les compagnies qui contrôlent le media sont les fabricants de matériel, le logiciel ne sera jamais qu’une considération secondaire.

OR : Si vous pouviez mettre des jeux vidéo au British Museum, lequel placeriez-vous à côté de la Pierre de Rosette?

Jon Hare : Sensible World of Soccer… ou Space Invaders (qui est le jeu le plus emblématique de tous les temps quand on considère sa pénétration de la conscience collective au Royaume-Uni).

Speedball2HD_0Projets

OR : Speedball 2 HD est sorti au mois de décembre 2013. Qu’est ce qui vous a conduit à faire un remake de ce jeu?

Jon Hare : Mike Montgomery (l’un des fondateurs des Bitmap Brothers, le studio ayant développé la version originale de Speedball 2 – NdR) et moi sommes de grands amis et nous travaillons ensemble depuis des années. Nous avions travaillé depuis 2011 sur différentes versions de Speedball (Speedball 2 Evolution), qui ont rencontré un grand succès sur iPad, Mac et les portables de Sony et c’est pourquoi sortir Speedball 2 HD sur PC semblait la suite logique. A mon avis Speedball 2 est l’un des meilleurs jeux des Bitmap Brothers, c’était donc un honneur d’être impliqué dans un projet visant à lui insuffler une nouvelle vie.

OR : Qu’avez-vous changé et qu’avez-vous gardé?

Jon Hare : Nous avons quasiment tout gardé et on a ajouté beaucoup de nouvelles choses. Evidemment il y a les graphismes retravaillés en haute définition mais il y a aussi un très bon mode multijoueurs communautaire qui supporte jusqu’à 8 équipes, la possibilité de choisir des formations d’équipe, beaucoup de nouveaux tournois, des équipes issues de 4 planètes différentes dans la League des Champions Speedball, un mode carrière qui s’étale sur 10 saisons, des succès à débloquer, un tableau de classement – bref un tas de nouvelles choses ajoutées à l’univers préexistant de Speedball sans interférer trop avec le noyau du jeu.

OR : Pensez-vous continuer à publier d’anciens jeux ou avez-vous des projets originaux?

Jon Hare : Je me concentre actuellement plus sur de nouveaux projets que sur le remake d’anciens jeux. Mon prochain jeu s’appelle Word Explorer. Il sortira sur iOS, PC et Mac en février/mars de cette année. J’ai travaillé dessus pendant 3 ans et c’est le premier jeu original que je vais publier depuis 20 ans ce qui est très excitant. Imaginez un mot croisé géant de 7500 définitions, enroulé autour du monde et divisé en 250 niveaux avec des points de départ et d’arrivée dans toutes les grandes villes de la planète. Imaginez vous en train de débloquez 2500 photographies couleurs de villes, d’animaux et de monuments du monde entier à mesure que vous jouez, ou un mode multijoueurs dans lequel vous pouvez défier vos amis pour savoir qui est le plus rapide et le plus malin pour compléter des grilles de mots et d’images composées de plus de 25 000 définitions. Voilà, Word Explorer, c’est tout ça, c’est énorme, c’est simple à jouer, c’est réellement addictif.



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